Louis Alberti

Louis Alberti a obtenu en 2014 une bourse de l’École des études supérieures de l’Université d’Ottawa afin de poursuivre ses études de maîtrise en traductologie. Il est titulaire d’un baccalauréat ès arts spécialisé approfondi en traduction anglais-français (2013) avec mention magna cum laude, d’un Juris Doctor (J.D.) – Common Law (2005), d’une licence en droit (LL.L.) – droit civil (1979) et de deux baccalauréats ès arts (philosophie, 1976, et musique, 1975), décernés par l’Université d’Ottawa. Il a collaboré à deux encyclopédies à titre de traducteur et de rédacteur et a présenté une communication au colloque Mots du monde en novembre 2014, à Ottawa.

 

Résumé de la communication

Un hymne national, deux nations

Cette communication abordera certains constats préliminaires de mon projet de maîtrise en traductologie. C’est une analyse, dans une perspective historique, de quelques aspects traductionnels d’une trentaine de traductions ou adaptations anglaises de l’Ô Canada, rédigées entre 1900 et 1931.

Le poème épique Ô Canada est composé à l’occasion d’un rassemblement à Québec des Sociétés Saint-Jean-Baptiste en 1880. Les paroles françaises du Chant national (titre original) sont d’Adolphe Basile Routhier, sur une musique de Calixa Lavallée.

Le texte français n’a jamais varié. Pourtant, depuis son introduction au Canada anglais vers 1901, ce chant patriotique canadien-français est traduit et adapté par divers auteurs anglophones.

La période allant de 1900 à 1931 est marquante dans l’évolution de la société canadienne. Les traductions ou adaptations de cette période sont indissociables des lectures que les traducteurs font des changements sociaux, culturels et politiques de leur époque.

Ainsi, je postulerai que les adaptations de l’Ô Canada représentent une lecture de la pensée de cette époque et de l’authenticité de l’original. De plus, j’étudierai comment ces adaptations ont permis au Canada anglais de s’approprier un symbole identitaire québécois et d’adopter finalement ce chant comme hymne national canadien.

Mon cadre théorique s’inspire des travaux de Le Blanc dans Le complexe d’Hermès. Il se résume ainsi : « Le traducteur est tout à la fois lecteur du texte original et auteur du texte traduit. […] L’original naît de l’écriture – avec tout ce que la culture de l’écrit comporte de libertés – alors que la seconde vient de la lecture – avec tout ce que l’acte de lire présume de culture, de dispositions sentimentales, de mémoire, de réciprocité aussi » (Le Blanc, 2009 : 148).

Dans sa traduction du traité De la traduction parfaite de Bruni, Le Blanc avance que pour bien traduire un texte « […] il faut aussi comprendre une époque et une conscience » (2008 : 12). De plus, « […] la fin du travail du traducteur […] n’est pas simplement celle de livrer une version acceptable d’un grand texte. Il faut assurer également que le texte traduit puisse jouer un rôle dans le développement des idées et le progrès de la culture » (2008 : 12).

Enfin, ma communication fournira une piste de réflexion pour comprendre en quoi les traductions ou adaptations de l’Ô Canada représentent elles-mêmes des lectures idéologiques qui ont permis au Canada de se doter d’un symbole identitaire comme fondement d’une certaine unité nationale. 

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